« J’ai toujours mon poste radio dans mon sac témoigne un auditeur »

RFI: Relations Auditeurs

La Radio joue un rôle indispensable dans la sensibilisation et l’éducation des populations en Afrique et particulièrement au Mali.

La radio reste le quotidien de beaucoup d’hommes et de femmes  sauf qu’elle est souvent un instrument de manipulation et de profit pour les propriétaires de radios affirment certains auditeurs.  Beaucoup de travail reste à  faire lorsqu’il s’agit de diffuser des informations crédibles et du respect de la déontologie du journalisme.

Voici des liens vers des témoignages  percutants d’auditeurs:

http://soundcloud.com/assaleck/radio-2

http://soundcloud.com/assaleck/radio-1

Mc Talka, MC des pauvres et icône du rap Songhoî

« La suède des Voix du Mali / Sweden Mali Voices » est un festival, mis en scène, chaque année en alternance, entre la Suède, dans la région du  Jämtland, à 40km au sud d’Östersund et le Mali au cÅ“ur de « Koïma Hondo » (la « dune rose » dans la langue Songhoï), à proximité du tombeau des Askia de la ville de Gao, classé au  patrimoine mondial de l’UNESCO. Les musiciens des deux pays  participent ensemble à chaque édition qui a lieu au mois de janvier à Gao et en suède en alternance. Parallèlement, des actions sont menées sur le terrain pour une mise en lumière de la culture malienne et plus particulièrement son artisanat, mais aussi des problèmes récurrents inhérents à la sècheresse et à la gestion de l’eau.


C’est  Abdoulahi Ibrahim Touré dit Mc Talka, icône de la musique rap qui a initié ce festival. Ce jeune rappeur songhaï, de la région de Gao, s’est toujours impliqué dans la lutte contre l’injustice sociale et dans des actions politiques liées à la situation du  Nord Mali, en utilisant le rap pour véhiculer ses messages, un rap plutôt nouveau genre, le Takambarap !

Rappelons que le rap est une forme d’expression vocale sur fond rythmique, issue du mouvement culturel hip-hop, apparue au milieu des années 1970 dans Le quartier du  Bronx à New York.  Influencé par les différents courants musicaux de la musique noire, le rap a connu son apogée dans les années 80. Aujourd’hui, il surfe plus que jamais sur son succès international et rassemble des artistes soutenus par des producteurs « majors », mais aussi des musiciens indépendants, plus modestes, mais tout aussi créatifs. Le rap du XXIe siècle fait aussi la part belle aux instruments les plus exotiques et on y retrouve aussi des sonorités traditionnelles du Mali qui nous sont familières.

Au travers d’une interview qui a eu lieu à Bamako mi- Mai, le talentueux Mc Tal -k  nous dévoile plusieurs aspects de sa personnalité et son sentiment profond et sincère sur les préoccupations majeures associées au Nord Mali.

Qui es tu Mc Talka ?

Né dans la région de Gao, au Nord Mali, sous le nom d’Abdoulahi Ibrahim Touré,  je suis aujourd’hui un musicien, un rappeur, plus connu sous le pseudo  Mc Talka.  Des initiales MC  signifiant «  Master of Ceremonie », Tal-k voulant dire pauvre… « Maitre de cérémonie des Pauvres ».  Je me suis engagé à être l’avocat, défenseur des pauvres. Dans cet esprit, mon groupe de rap a été baptisé «  FASKAW’S »  une expression de la langue songhoï que l’on peut traduire par « défenseur de toutes les causes nobles.

Pourrais-tu nous présenter le Festival «la Suède des Voix du Mali / Sweden Mali Voices » que tu as initié ?

Effectivement, j’ai initié en 2009 ce festival qui a lieu, chaque année et alternativement, au Mali et en Suède. Le concept a été très bien accueilli de toutes parts et Le travail d’organisation se passe vraiment bien entre les deux parties, mais le développement de l’événement est compromis en raison des problèmes d’insécurité  du Nord Mali qui empêchent les festivaliers et touristes de se rendre sur place. Nous sommes pris  nous aussi en otages, au travers de nos activités culturelles et du développement social et culturel qui sont entravés par cette cruelle situation.  A notre manière, par le rap, nous exprimons musicalement notre colère et notre espoir et nous véhiculons ainsi  des messages de paix. Nous luttons contre ceux qui blessent  notre région et qui brisent nos espoirs d’un avenir meilleur. Nous réclamons, de toutes nos forces, l’intégrité territoriale et  un développement durable. Nous souhaitons, dans un proche avenir que l’ordre revienne dans cette région et que les populations, victimes innocentes, puisse vivre sereinement et honnêtement.

Nous avions déjà  exprimé cela dans notre premier album  ‘’Mali, le Nord pleure’’. A cette époque, le gouvernement à mal  interprété nos paroles, pensant que nous  appelions à la rébellion ou à éteindre la flamme de la paix. L’album a été censuré sous prétexte que  toute  idée liée à une révolution au nord du Mali est interdite de diffusion sur les  radios et à la   télévision nationale. Nous avons été mal compris. Nous voulions simplement rappeler à notre pays que sa région Nord pleure, qu’elle est perpétuellement dans le malheur. Il faut trouver une solution d’envergure avant que la région, hélas déjà internationalement connue pour son brigandage, son terrorisme et ses trafiques en tous genres, soit durablement une zone de non-droit risquant de déstabiliser tout le pays.

Comment se répercutent sur les populations qui habitent cette zone, ce blocage et cette insécurité ? Peut-on dire que le Nord est désormais assiégé ou pris en otage ?

Les populations locales se battent déjà, au quotidien, contre l’ensablement, la sècheresse, le réchauffement climatique et parfois les criquets ! Des populations épuisées et excédées qui sont aussi confrontées à des conflits ancestraux et inter ethniques entre  songhoïs, peulhs, ou  idnans, ifoghas, arabes ou  kountas, des querelles souvent attisées par ceux qui veulent « diviser pour régner ». Il est temps et même urgent que la cohésion sociale prenne le pas sur les intérêts individuels et la corruption.  Seule une lutte collective d’un peuple uni par son destin pourra venir à bout des souffrances terribles qu’on lui inflige.

J’appelle tous nos frères et nos sœurs, à  œuvrer,  tous ensemble, pour que le Nord  ne soit plus sous l’emprise du mal et de la violence imposés par une poignée de hors-la-loi, pour la plupart étrangers au pays. Que notre région ne soit plus jamais un symbole de désolation, de haine et de misère. Protégeons la aussi des appétits financiers multiples aiguisés par la richesse de son sous-sol, mais aussi des étalages de richesses mal acquises qui deviennent insupportables

La décentralisation serait-elle l’une des solutions d’avenir ?

Rien n’a été entrepris concrètement  sur le terrain pour mener à bien cette décentralisation. Elle a été sabotée. En 2002, une ville de la Région Nord devait être choisie pour bénéficier d’un projet de développement exclusif  et, en définitif, c’est  Mopti qui a été choisie, une ville qui ne s’inscrit pas dans cette partie du Mali. Il y a des incohérences… Par exemple, la ville de  San qui n’est même pas une région a hérité d un magnifique stade qui n’existe ni  à Kidal, ni à Tombouctou, ni à Gao. Prenons l’exemple de Kidal  qui ne dispose à ce jour d’aucun goudron,   Il faut se rendre à Gao, à 460 km, pour obtenir  un certificat de résidence ou un titre foncier, il faut faire 1 600 km pour avoir un passeport  et faire des études supérieures, et parcourir 1 000 km  pour un procès de justice, à Mopti !

L’ingérence des autorités et leur injustice vont toujours  conduire à une forme de révolte et à  une situation explosive, alors que nous ne voulons que la paix, la stabilité, la justice…  Revendications légitimes qui passent toujours par le développement et la cohésion sociale et qui sont indispensables pour construire un avenir à notre jeunesse.

Aujourd’hui  les événements deviennent des virus dangereux et contagieux.  Que Dieu nous  épargne ce vent de révolte parce que le Mali, qui a longtemps été un exemple international de paix et de démocratie,  ne mérite pas d’être inscrit sur la liste des pays  infréquentables, privé de tourisme et de développement. Nous ne voulons pas être contaminés comme l’ont été la Sierra Leone ou le Libéria. On ne veut pas de la violence du Nigéria ou de la Côte d’Ivoire. Nous Maliens, du Sud et du Nord, avons suffisamment de valeurs, d’intelligence et de traditions communes  pour unir nos forces, partager nos richesses équitablement  et lutter contre ceux qui veulent déstabiliser notre pays. « Un peuple, un but, une foi » est  la devise qui nous réunit depuis plus de 50 ans, il faut s’en souvenir !

Quelles sont tes impressions au sujet de ta première tournée hors du Mali ?

Pour moi l’Europe est  le continent des droits de l’Homme. C’est celui qui a le plus de proximité avec l’Afrique de l’Ouest. On s’intéresse à notre culture, notre musique et notre Histoire. Par exemple, les Européens sont fascinés par le désert saharien, par les richesses culturelles de notre peuple.  Comme eux, nous aspirons à prendre le train de  la mondialisation, mais malheureusement, une minorité de Maliens ont accès à l’éducation et à la formation professionnelle et celles-ci manquent cruellement de structures. « Vouloir, c’est pouvoir » dit l’adage, mais c’est difficile, même pour les plus courageux d’entre  nous ont du mal à atteindre un niveau suffisant pour entreprendre des études de haut niveau en Europe.

En ce qui me concerne, mon expérience européenne s’est plutôt bien passée. J’avais déjà travaillé au Mali avec  des artistes européens. Puis j’ai enregistré des albums avec des groupes de rock, comme  Hindenburg , un groupe  Suédois bien connu en Europe, j’ai aussi travaillé avec  Abjeez, un groupe Iranien sur le titre Democracy…

‘’Democracy’’,  joli titre ?!

Je porte beaucoup d’attention aux textes qui évoquent les problèmes du monde entier et j’invite les gens à bien les écouter, notamment les paroles…. « Nous avons dit ‘’good bye au communisme, démocratie start too… alors que nous les africains, ont veut aussi du too… dark démocratie ! tes too de tas de bloff de boucher,  dark démocratie, laisse nous tranquilles,  enjoy so life, laisser nous vivre notre vie, recule t’es pas d’ercul, nous sommes des miskines,  le même système toujours sur le même thème, tiers-monde démocratisé, démocratie dictatoriale et démocratie matériel pour la promo de tes maréchaux , chacal en Irak rec la même dose de choses qui pause cause des morts même chez moi en Africa black mama, ça  veut dire que la démocratie, alors qu’ils on regretté de faire tomber le communisme là je continue dans le texte pour dire aux Américains : tu fais la promo, le garant de ta dark démocratie en même temps tu dit tant pis, ton tapis roule partout dans le monde entier, dark démocratie bientôt en chute comme tu l’attends le jour J, le soleil à beau briller, mais il tombera comme tu la vis tomber, le soleil du communisme, je fais la honte à ta place ta note – l’addition – trop gonflée, tu montres tes couleurs partout sur les five continents parce que tu peux now, later incha allah, je serai là le jour de ton jugement, de ta balkanisation sans solution » .

Les textes que tu chantes sont surtout en songhoï pourquoi ?

Je chante surtout en songhoi ; Bien sûr je chante avec des artistes Européens, mais la prise de conscience, cela commence par celle de nos populations. Alors, on doit s’exprimer le plus souvent avec notre propre langue pour faire passer le message et être parfaitement compris par les nôtres.

Je m’adresse surtout aux communautés du Nord parce que dans le premier album, j’ai chanté ‘’ yir hortou ‘’ « on a souffert » ; il ya aussi du tamasheq (la langue touarègue) dans ce titre pour dire que la première prise de conscience commence par soi-même.  tu dois d’abord passer le message auprès du public directement concerné pour qu’il ouvre davantage son esprit et que les mentalités évoluent.  Le public doit comprendre, qu’au travers de ton rap, tu partages sa souffrance et son chagrin.

Quel message souhaites-tu privilégier ?

J’ai toujours dit que la qualité de l’Homme est toujours son défaut. Au Mali on clame toujours l’intelligence des Nordistes… moi je crois que, pour certains d’entre eux,  leur intelligence est au service du Satan, et non pas au service de la cohésion sociale. Que ceux qui se reconnaissent, s’interrogent à l’heure de la prière !

Parle-nous de ta carrière  que tu mènes actuellement en solo…

En se moment j’évolue avec un groupe suédois avec lequel j’ai produit mon 2e albums dont le titre est « Democrazy », « la folle démocratie’’, qui sort ce mois de Mai 2011, est distribuée par Mali K7. Vous savez  aujourd’hui  la démocratie  est devenue une autre crise à part, elle à ses problèmes de vaincus, de vainqueurs et de vainqueurs vaincus ! On travaille ensemble sur le nouvel album dont le titre sera en songhoï.

Par quel moyen as-tu financé ton premier album ?

Mon premier album ‘’Mali, le Nord pleure’’ a été financé par l’Organisation Néerlandaise de Développement (SNV) en 2001-2002, dans le cadre d’appuis aux initiatives de base. Notre rôle était de sensibiliser notre public sur des thèmes bien précis comme l’après rébellion, la venue de la démocratie, la problématique du Nord. On aurait du parler d’un « problème complexe », mais il était impossible de nommer l’album ainsi. C’est ce qui a généré des problèmes d’incompréhension pénalisant  la promotion et la diffusion de l’album. D’un autre côté, cette situation  nous a favorisés, parce que cela a porté un certain éclairage sur notre  groupe et attiré l’attention sur le message  qui est bien compris et transmis. Ensuite on a rempli notre contrat avec la SNV,  qui lutte pour le développement durable
l’équité sociale, interculturelle et de genre, ce que nous avons artistiquement  fait en évoquant clairement les problèmes du Nord Mali.

… « Des siècles dans ce désert, des peuples dans la misère, qui meurt dans la galère, ainsi ma colère » . On rajoute en songhoï : « Au nord du Mali, ichi koulà, immakoula, ichi borey nakk  ima bou takoula ils s’enfou des gens ».

Mais, j’ai répondu dans ce nouvel  album… « Si le Nord pleure, c’est la faute aux Nordistes j’ai compris que c’est aux Nordistes eux-mêmes de sauver le Nord. Si ils laissent crever leurs troupeaux, ce n’est  pas de la faute de l’Etat ou aux Sudistes. Pendant qu’ils ont des villas et des 4X4 aussi démesurés que leur ambition. Ici, les ressortissants du Nord ne s’entraident pas et ne s’unissent pas pour développer le Nord, ils agissent individuellement et chacun prend une position juste pour lui. Ils vont en exil et restent plus longtemps, allons habiter notre désert et développons le. Tout ce problème se  joue sur le Nord.

On n’exploite pas les atouts et les  potentialités…

Comment faire en sorte que les gens prennent conscience de tout ça et se décident à s’unir pour une cause commune ? Continuer sans relâche à faire de la sensibilisation, comme toujours ?

Il faut réaliser un travail immense et dans tous les domaines, une unification, il faut tout reprendre à la base…

Voilà un rôle bien joué par les artistes et d’ailleurs ce sont les seuls, sinon dans les autres secteurs, chacun roule pour soi, il n’y a pas une entente, une force collective ou un parlement qui défendent les causes collectives du Nord au sein de l’Assemblée Nationale, seuls les artistes le font. On ne défend pas des causes dans le  but de développer le Nord, mais tout est  question d’intérêt individuel.

Ces mêmes cadres qui sont en train de piétiner le Nord, ils ont passé par là à une certaine époque et aujourd’hui, que font ils ? Il ne faut pas que les nouvelles générations fassent les mêmes erreurs  que leurs ainés. Il faut qu’ils prennent exemple sur les artistes.

Qu’est ce que le Festival Sweden Mali Voices  apporte à la région de Gao ?

C’est un festival en forme d’échanges culturels avec plusieurs volets comme l’éducation et  la santé. Au niveau de l’environnement, la Suède est le premier pays environnemental au Monde. Nous voulons profiter de l’échange et, à notre tour aussi, interpréter toutes les bonnes pratiques écologiques de leur mode de vie, de tirer les bonnes leçons de leur culture et apprendre comment protéger notre environnement. Chez nous, l’environnement est très menacé, il y a  l’ensablement du fleuve et nous espérons concrétiser des projets de fixation des dunes… Cela concerne l’ensemble du Nord Mali, du  Mali et de toute l’Afrique. Il ya plusieurs nationalités qui participent et cela fait aussi une ouverture pour les artistes du Nord qui ont, par ailleurs, un réel problème de matériel professionnel. Nous comptons faire venir du matériel artistique de la Suède pour le mettre à la disposition de tous les jeunes talentueux pour qu’ils puissent se perfectionner.

Avec l’insécurité et toutes les restrictions imposées au Nord, pensez-vous que le projet à de l’avenir ?

La première chance appartient au peuple, donc à nous de la sauvegarder. Si on le veut, on peut ! Si on se met à la tâche aussi vite et aussi fort que possible, si les populations sont vraiment motivées, les autorités vont forcément nous soutenir. En tant que producteurs du festival, nous tenons à conserver un esprit de simplicité, de détente et de liberté, c’est pourquoi  nous souhaitons que ce festival se fasse sans parrainage politique et sans officiels, à l’exception des élus locaux, pour éviter les contraintes de protocole et de sécurité. La présence de personnalités exige une sécurité qui génère des débordements brutaux provoqués par un encadrement trop zélé.

As-tu un message particulier à l’attention de tes fans ?

Je les remercie bien de leur soutien et qu’ils sachent qu’ils peuvent compter sur moi, tout ce que je fais c’est pour eux. Je suis demeuré quelques temps silencieux car  j’ai  compris que le silence est une manière de parler aussi. Voilà, dans quelques semaines, le nouvel album sera sur le marché et j’espère qu’ils vont l’aimer et le chanter !

http://www.myspace.com/mctalka

http://swedenmalivoices.com/wp/

Assani salim azim, le Tchadien Banguissois

On se rencontre à Dakar autour de Mondoblog. Moi, Malien, lui, Tchadien: plus de mille kilomètres de distance. Nous prenons place face à face sur deux chaises dans le jardin de la cour du CESTI (Centre d’Etude des Sciences et Techniques de l’Information), comme deux mamies qui vont se faire servir le thé à l’ombre des arbres frais.

 

Découvrir ce qui se cache sous ce visage poupin, ces dents blanches parfaites, ce physique de beau mec. Je pourrais le jalouser. Trop facile. Souriant et sympathique, il se livre sans arrières pensées. Entre nous c’est comme si ces milliers de kilomètres n’existent plus, comme si on se connaissait déjà. Quand on commence notre interview c’est encore de kilomètres qu’il est question.

En 2005, Salim faisait partie des 18000 nouveaux bacheliers du Tchad, pour 5000 places à l’Université, raison pour laquelle il estimait avoir peu de chances d’accéder aux études supérieures et d’ailleurs le test fut sans succès. Là, il décide de se tourner vers Bangui, où il à de la famille, pour concrétiser son rêve d’être médecin. Quand va-t-il retourner au Tchad ? « C’est une question difficile,j’ai vraiment une énorme envie de retourner là bas et faire ma vie ». Au sujet de son futur, ‘ »je n’en sais rien, sauf que Dieu décidera pour moi » dit-il.

Assani salim azim est né à Ndjaména au Tchad. Il n’y est jamais retourné depuis son départ il y a six ans pour Bangui, la capitale de la Centrafrique.

Son père est de l’ethnie Ouaddaï, sa mère est de la région de Ngalo et de l’ethnie Daye. Cette double culture explique peut-être son ouverture aux autres, la facilité à s’intégrer. Pendant son enfance il était passionné de la télévision et des bandes dessinées.

Il a commencé à bloguer en 2006 avec son blog « Paix et Amour, le blog d’Assaaz » du fait qu’il était passionné de poésie et aimait les échanges interactifs. Son admission au concours Mondoblog lui a donné le courage de bloguer avec plus de confiance et de rentrer dans cette dynamique de blogosphère pour s’ouvrir au reste du monde .

Aujourd’hui il a 26 ans, licencié à l’Institut Supérieure de Technologie de Bangui en administration et maintenance de système informatique.  Il travaille pour Médecins Sans Frontières (MSF) Espagne comme assistant IT (Information Technology) et également inscrit en 1ère année de Gestion des Ressources Humaines à l’Université de Bangui. Assani est très ambitieux,il multiplie les formations et saisie toutes les opportunités qui se présentent.

Dans notre entretien, il ne cesse de dire qu’il à profondément la nostalgie de son pays natal, des ces souvenirs d’enfances et du paysage de son pays.

Assani est musulman et très croyant, il parle plusieurs langues dont le français, l’arabe tchadien, le sangho, le sara et le daye; sa force principale  s’est d’ être motivé, garder la sérénité et pouvoir progresser dans tout se qu’il entreprend.

Nous sommes au Studio « Bogolan » de Bamako, à l’occasion de l’enregistrement du 2éme Album « Toumastin »de Tamikrest

Ousmane AG MOSSA, Leader du groupe Tamikrest

Ta première tournée à l’étranger vient de s’achever. Comment cela s’est-il passé ?

Cette première tournée m’a permis d’acquérir une ouverture sur d’autre continent comme l’Europe.  Partager la scène avec des artistes de tous horizons, face à un public d’une autre culture, c’est très enrichissant. Notre musique reçoit partout un très bon accueil, que ce soit à Paris, à Kidal, au cÅ“ur du désert ou en Algérie. Au-delà des différences d’expression et des modes de vie, nous avons réussi à transmettre notre message  et partager notre passion. Certes, nous n’affichions pas « complet », mais nous nous réjouissons d’avoir eu un réel succès d’estime auprès d’un public très à l’écoute et c’est aussi pour nous, une expérience inestimable.

Actuellement, vous êtes ici à Bamako avec le groupe au grand complet pour l’enregistrement de votre second album. Quel est votre message essentiel ?

Cet album évoque ce que vit actuellement mon peuple «  les Kel tamasheq ». La politique est contre mon peuple. Il n’y a pas vraiment de cohésion sociale au Mali. J’ai pu constater que cette désunion totale ne mettait pas en cause la volonté des populations du pays, mais c’est comme un mal enraciné, un poison et cela me touche profondément… Avant de rechercher l’autonomie ou obtenir des droits, il faut d’abord que l’on tisse des liens intercommunautaires solides et sincères, que l’on ait  des objectifs communs et que les intérêts personnels ne soient pas mis en avant.

Veux-tu dire que le pouvoir de Bamako laisse le peuple touareg à l’écart des décisions qui sont prises ?

A mon point de vue, il ya un très grand contraste entre le Sud et le Nord du Mali. Cela dit, à Bamako je constate les effets d’une énorme corruption, chose qui nous empêche d’aller de l’avant et de développer notamment la région du  Nord Mali. Je remarque aussi que le gouvernement du Mali profite des conflits qui se passent dans la zone de Kidal car lors des négociations, d’importantes personnalités soutiennent le développement du Nord mais les financements n’arrivent pas toujours à bon port et restent dans la poche des corrompus qui les utilisent à d’autres fins, soit pour leur enrichissement personnel ou pour favoriser, dans leur fief, les prochaines échéances électorales.

Quand penses-tu que cette situation changera et qui peux la changer ?

Nous somme les seuls qui peuvent la changer, nous le peuple Touareg. J’ai longuement réfléchi sur la question, à savoir pourquoi après 50 années de révoltes, il n’y a toujours pas de changement ? Alors je pense que le problème ne se situe pas au niveau du combat, mais plutôt à cause de cette perpétuelle division qui se creuse au sein du peuple Touareg lui-même.

Nous allons revenir à l’album qui s’enregistre ici au studio Bogolan, composes-tu tes textes avec d’autres artistes ?

Quelquefois, je compose avec les membres de mon groupe. Mon style de composition est d’écrire au préalable un long paragraphe que par la suite je résume pour en tirer l’essentiel du contenu. Ensuite, les partenaires du groupe donnent leur avis sur un premier résumé que nous retravaillons ensemble. Nous somme un groupe « démocrate » ayant des idées et des personnalités très différentes, mais un objectif  et des idéaux communs. Par ailleurs, chaque fois que je compose de la musique, c’est avec le groupe qu’elle est finalisée. C’est un véritable travail d’équipe.

Quel sont les moments où tu aimes t’asseoir pour composer ou écrire un texte ?

C’est dans des moments de solitude que je trouve l’inspiration, c’est-à-dire la nuit entre minuit et l’aube, quand tout le monde dort et qu’il y a peu de bruit car j’aime le silence qui me rend créatif.

C’est-à-dire que tu ne composes que dans le désert où règne le calme absolu, loin du tumulte de la capitale ?!

Tout à fait. C’est aussi dû au fait que je suis né dans un village isolé, où il y a peu de monde. J’ai beaucoup pratiqué la solitude et c’est pour cela je ne suis pas tout à fait à l’aise dans un environnement citadin et bruyant.

Quel message souhaites- tu passer, au travers de cet album,  à la jeunesse Touarègue ?

C’est une question plutôt sensible, mais je voudrais que la jeunesse sache « qu’un peuple n’est

rien sans sa jeunesse », qu’elle représente l’avenir de demain, qu’elle n’a pas à regarder le

coté négatif des choses, ni marcher avec les idées d’autrui. Il faut surtout qu’elle se focalise sur ses propre réflexions et ses objectif  et ses idéaux, à savoir adhérer et participer au développement de la région Touarègue.

Le groupe vient d’intégrer un nouveau musicien. Aura-t-il un rôle particulier ?

Mahmoud  AG Ahmoudène  qui vient de nous rejoindre, est un très bon compositeur que j’ai connu lors de mon initiation à la guitare. Lui a appris bien avant moi et j’ai découvert qu’il avait les mêmes ambitions que nous, avec beaucoup d’idées. Je suis convaincu que l’on va pouvoir réaliser beaucoup de choses ensemble que je n’aurais pas su faire seul.

Quelle sont les difficultés que vous avez rencontrées ici à Bamako,  que ce soit dans le cadre du studio ou dans la ville  elle-même ?

Au niveau du studio, il y a eu beaucoup de changements qui nous entravent, par rapport a l’année d’enregistrement de notre premier Album. Les problèmes sont d’ordre technique car nous disposons d’amplificateurs qui ne donnent pas satisfaction. C’est plutôt décourageant, mais nous n’avons pas le choix et nous feront le maximum pour sortir un bel album.

Quelle relation entretenez-vous entre Tamikrest et Dirtmusic ? Ce partenariat vous donne-t-il toujours satisfaction, de part et d’autre ? (Pour mémoire, c’est avec Dirtmusic que vous aviez réalisé le premier album et effectué vos premières tournées).

Avant toute chose, Dirtmusic entretient une relation amicale avec Tamikrest et on travail jusqu’à ce jour en collaboration, puisque notre producteur, Chris Ekman,  est le leader de Dirtmusic. Toute la tournée européenne s’est faite avec eux. C’était vraiment merveilleux de jouer avec Dirtmusic ; en plus l’Europe, c’est leur territoire, donc il maîtrise davantage le milieu musical que nous et cela ne peut que nous apporter un plus.

Alors, à quand la prochaine tournée ?

Pour le moment je ne peux pas donner une date exacte, mais ce qui est sûre c’est que notre nouvel album sortira vers fin Avril, puis suivra la promotion et ensuite la tournée.

Es ce que tu as un message particulier à passer ?

J’ai surtout et encore un message à transmettre à  la jeunesse Touareg que je préfère appeler Kal Tamasheq, ce qui est  plus significatif, à titre culturel. Je lui demande de réfléchir, avec beaucoup de conscience, en long et en large, aux difficultés que traverse leur peuple.

Quelles conséquences cette situation aura sur le devenir de leur enfant ou de leur petit enfant ? Quels remèdes, aussi modestes soient-ils, peuvent ils apporter à la communauté pour remédier à ces problèmes pour qu’ils ne soient pas supportés aussi par leur descendance ?

Fort malheureusement je constate que depuis une cinquantaine d’année, les mêmes problèmes se répètent. Il est temps que la jeunesse se mobilise, se batte et se sacrifie pour le bonheur de ses futurs enfants. Il ne faut surtout jamais oublier que la jeunesse représente le pouvoir du peuple. Elle doit donc s’unir, partager les mêmes idées, avoir les mêmes objectifs pour le bonheur des Kal Tamasheq.

Merci.