Il n’y a pas de solution militaire à la question touarègue

04/12/2013

Il n’y a pas de solution militaire à la question touarègue

Les différentes rébellions touarègues ont certes fait parler de la cause, mais elles n’ont pas apporté les grands changements souhaités par la population tout entière, qui avait également espéré que les sacrifices qu’elle consentait permettraient à toutes les autres communautés de la région d’en bénéficier. Hélas, si elles ont permis à quelques-uns d’obtenir des postes de responsabilité, les problèmes de la majorité d’entre nous qui sombrent désormais dans la misère n’ont pas trouvé de résolutions et encore moins d’espoir qu’il n’en sera pas toujours ainsi.

Des enfants nomades d'un campement non loin de Kidal
Des enfants nomades d’un campement non loin de Kidal

C’est surtout grâce aux artistes que ce peuple est connu mondialement et à quelques historiens ou chercheurs venus d’ailleurs qui malheureusement changent de positionnement ou de regard d’année en année.

Au Mali, on a tendance à acheter la paix, ce qui ne marchera pas encore très longtemps. C’est pourquoi l’Histoire se répète. La paix, elle, ne s’achète pas. Dans le fond, le problème demeure intact. Au point de devenir la vache laitière de quelques ténors. Ils y vivent sans état d’âme. Imuhagh (Kel-Tamasheq), si nous adoptons cette lancée, nous resterons un champ d’expérimentation à vie !

Il est plus que nécessaire aujourd’hui d’évaluer le mal que nous nous faisons depuis des générations. Incitons les uns et les autres à avoir un nouveau regard à la dimension du problème, mais, cette fois, sous un angle politique, avec beaucoup de diplomatie, plus jamais la violence et encore moins avec les armes. On peut se faire entendre de plusieurs manières. C’est un long travail sur le changement des mentalités de nos frères et sœurs dans nos campements et dans toutes nos cités. Voulons-nous rester des rebelles à vie ? Chaque jour qui passe, nous augmentons le nombre d’orphelins, de victimes et nous ne sommes plus en mesure de compter nos morts. Les assassinats se multiplient pour chaque épisode de soulèvement. La mise en place d’un comité des sages qui pourrait aider dans la prévention et la résolution des conflits internes et externes est à mon sens nécessaire.

Certains croient que l’arrivée massive de forces étrangères sur notre sol va réduire l’insécurité, ce qui est très peu probable sans l’assentiment et la participation des habitants eux-mêmes. La situation de beaucoup de pays dans le monde en a largement apporté la preuve. Au contraire, c’est le coût de la vie qui grimpera au plus haut et une insécurité chronique pourrira la vie de chacun. Chronique parce qu’il faudra bien justifier leur présence. Malheur aux plus pauvres ! Et ce qui nous rendait le plus fiers ne pourrait plus n’apparaître que dans nos souvenirs si nous n’y prenons pas garde. Malheur à celui qui ne pourra plus transmettre, offrir en partage, soulager ceux qui traversent une infortune passagère… Un cauchemar de plus. Et ça, nous ne pourrons pas longtemps le supporter !Un peuple civilisé n’a pas besoin d’homme en armes pour résoudre ses problèmes.

Bannissons les armes. La revendication par la violence, nous serons toujours les premiers perdants et aussi les premières victimes. Des armes sont fabriquées dans le monde tous les jours et il faut forcément un endroit (peut-être notre territoire) et des personnes pour les utiliser. Dans notre cas (Touareg et alliés), nous les utilisons les uns contre les autres. Qui perd des vies humaines, c’est nous ; qui gagne ce pari, ce sont les fabricants et leurs complices. On leur procure de l’argent indirectement en utilisant leurs armes à des fins désastreuses qu’on semble ignorer. Résultat : on sème l’insécurité et tout le monde nous fuit, y compris nous-mêmes. Hélas, notre bravoure, notre détermination et notre force ne nous servent à rien depuis bien longtemps. Changeons de stratégie ! Une technique qui ne marche pas est vouée à l’échec.

Si nous abandonnons les armes et ne cautionnons aucun trafic qui a fait de nous des victimes et nous anéantit de jour en jour, ce ne serait pas une fin en soi, mais une marche vers un progrès harmonieux de notre société. Rendez-vous compte de ce fait, tout ce trafic et toutes ces armes ne servent qu’à une minorité d’entre nous. Il faut reconnaître que la détention d’une  arme est devenue monnaie courante dans notre société ces dix dernières années. C’est surtout ça la bombe à retardement qu’on nous a mise entre les mains. Un horrible piège. C’est un fléau qu’il faut combattre, c’est urgent et primordial. Quel héritage allons-nous laisser aux futures générations ?

Regardons un peu notre passé, nous avons toutes les potentialités pour vivre dignement et honnêtement. Notre élevage et notre artisanat nous permettent de vivre si et si seulement nous nous investissons pour les développer, en faire des activités pérennes.

Ibrahim AG ALHABIB (Tinariwen)
Ibrahim AG ALHABIB (Tinariwen)

Comme l’a si bien dit Ibrahim AG ALHABIB (leader de Tinariwen) dans l’une de ses chansons : « Si vous voyez un territoire verdoyant, ce sont ses hommes qui le protègent. »

Les savoir-faire de nos femmes dans beaucoup de domaines comme l’artisanat entre autres sont des activités à mettre en valeur. Sachant qu’elles sont les piliers de la famille, leur rôle dans la sortie de cette crise n’est jamais à minimiser. Il faudra les impliquer de plus en plus dans la gestion et les prises de décisions.

De l’action

Il faut se mobiliser, participer à la prise de décisions, s’impliquer dans des activités qui améliorent nos vies de tous les jours. Les jeunes doivent être des acteurs de ce processus. Ça ne se gagne pas facilement, il faut l’imposer. À tout prix. Si l’on continue à attendre un changement qui viendra du ciel ou de tout autre pays, sachez que nous allons mourir dans une attente éternelle. Tout changement auquel nous aspirons doit venir de l’intérieur, par nous d’abord. Toutes ces promesses de projets de développement qu’on nous fait miroiter ne nous feront pas bouger d’un pas. C’est éphémère. Elles nous maintiendront dans une situation de blocage total ou de dépendance. Nous avons besoin de voler de nos propres ailes, avec nos moyens, rudimentaires soient-ils, pour aller dans la direction qui nous arrange. Personne ne connaît nos besoins plus que nous-mêmes et aucune personne, moins encore un État, ne viendra le faire à notre place. C’est ce type de développement qui  nous conviendra et nous donnera un sentiment de fierté inégale, mais surtout visible dans nos réalités quotidiennes.

On est en train de nous distraire, tout se joue sur le temps afin de nous éloigner de nos vrais besoins, ne cédons pas à ce chantage ; nous avons besoin d’un réel changement de mentalité pour pouvoir enfin aller tous dans la même direction. On nous écrase physiquement, mentalement et psychologiquement.

Si nous sollicitons l’aide de qui que ce soit, elle doit rester strictement dans le domaine du savoir-faire, en matière de compétences techniques ou d’outils pratiques. Beaucoup de pays sont en avance dans ce domaine et nous pouvons solliciter leur aide. Ne demandons plus de l’argent à qui que ce soit, cherchons les moyens de faire profiter nos populations des connaissances de ceux qui sont en avance pour améliorer nos conditions d’être. Dans les domaines de l’éducation, la santé, les télécommunications, l’hydraulique, l’élevage, l’artisanat et la culture. Dans tous ces domaines, nous avons beaucoup de choses à apprendre comme nous avons aussi beaucoup de valeurs à transmettre. Nos populations en ont plus que jamais besoin pour s’épanouir et prouver leur savoir-faire.

Partagez

Commentaires

Traoré Djibril
Répondre

Paroles de sage, bravo!!!

Teghafade
Répondre

La solution doit être politique et multidimensionnelle, les maliens ont besoins de se connaitre davantage car ils se connaissent pas réellement.Beaucoup de personnes du sud DU Mali ne connaissent pas les raisons de ses troubles incessantes ces normal parce que les politiques en place n'essayent point d’éclairer les uns et les autres, ils cachent leur incompétences derrière la question touareg a chaque fois que sa s’éclate. elles devient les communautés du réel pour les animer de passion et non de raison.
Les maliens du sud ne se sentent pas chez eux au Nord il sous estimes leurs frères du Nord avec qui ils doivent parler le même langage pour battre une nation grandiose.Tout le monde voit en touaregs vols et pillage et cela sa existe partout au monde Nord Sud Est et Ouest. ces pas la le problème les autorités sélectionnent chaque fois des leaders pour eux ils peuvent calmer les siens jusqu'à la fin des mandats et prendre la fuite à l'extérieur et laisser la nation en déroute.Des nouvelles personnes doivent PRENDRE la gestion du peuple AU NORD BIEN AU SUD. les autorités présentes ont prouver leurs incompétences et a tous les niveaux.PEUT ETRE UNE AUTRE NATION SERA POSSIBLE

Zeid Ag Abdoul Salam
Répondre

Je l'ai toujours dis et je le répète: la question touareg doit avoir une réponse sur le terrain. Mais ni les armes, ni les acteurs actuels porteur de ces armes n'apporterons la réponse adéquate a cette cause qui est pourtant noble et légitime. Pour y remédier, il faut garder les même revendications mais changer les moyens et les acteurs. Garder l'un ou l'autre, c'est être assurer de revenir à la case départ à court ou moyen terme.

Ballo
Répondre

Je suis émerveillé par ce article! Le problème est que l'information nous est donnée sous forme de propagande ,aussi bien par l'ORTM que par les chaines étrangères qui ne cessent de nous noyer dans un brouillard de vérités bidouillées! Je crois qu'il est nécessaire de créer des rencontres apolitiques entre citoyens Maliens du nord et du sud (pro et anti séparatistes) ,afin de comprendre ce qui se passe réellement de notre pays !

coulibaly
Répondre

Je suis éblouie par la pertinence de cette analyse faite sans passion ni haine . Si malilink pouvait transmettre cet mail a tous les leaders ou preneurs de décision dans la crise Malienne , il contribuerait a amorcer le changement de mentalités souhaité par cet illustre personnage .

Assaleck AG TITA
Répondre

Merci d'être passé par ici.