Situation très tendue à Kidal

31/10/2013

Situation très tendue à Kidal

Devant l’école, face au stade municipal de Kidal

Tous les coups sont permis. Les élections législatives au Mali s’approchent. Pour briguer un mandat, nos politiciens ne se gênent pas pour promettre monts et merveilles ou même à assassiner.

Une conversation sous forme de question-réponse avec deux jeunes sur place à Kidal.

 L’un, universitaire, raconte :

 Kidal et ses environs sont devenus en très peu de temps un champ clos voué au banditisme de toute sorte. L’axe Kidal-Anefif (110 km) en direction de Gao est presque impraticable et les commerçants de Kidal sont victimes de vols incessants.

Dans cette région, on ne peut plus prétendre vouloir créer une association sans l’aval des groupes armés. De plus, il est très clair que si tu n’es pas avec eux tu es contre eux. Les tensions entre les communautés s’exacerbent et créent un malaise de plus en plus profond.

Alors, c’est le retour à la méthode du diviser pour régner qui prévaut ?

Tout à  fait. L’objectif est parfaitement atteint. 

Que font les imams sur place pour sensibiliser la société ?

Les imams prêchent le pardon, mais les chefs de fraction jouent le jeu du racisme et celui de l’intérêt très personnel ou exclusivement clanique.

Vois-tu une sortie de crise dans un tel contexte ? Et qu’est-ce que la jeune génération comme toi et les autres pensent de tout ça?

Nous, nous n’avons plus le droit de penser dans le bled (Kidal). Alors, on subit pour l’instant, mais le plus triste est de constater que la jeunesse est constamment manipulée par les leaders. Difficile de te dire qu’une sortie de crise est possible pour l’instant, étant donné l’acharnement que les uns et les autres mettent à déglinguer les fondements de notre société.

Quels sont les leaders qui arrivent à influencer en ce moment?

Les leaders du MNLA, le MIA, les chefs de fraction côté Azawad et les leaders de l’armée malienne. En gros, des leaders qui craignent un peu de devoir partager un jour et bétonnent les issues qui faciliteraient la modernisation de notre communauté. Ils aiment aller vite, communiquer avec des correspondants à des kilomètres de distance, se soigner à l’extérieur des zones qu’ils contrôlent, mais faire profiter de toute cette modernité technologique au plus modeste des Kidalois leur semble parfaitement incompréhensible et totalement incongru, hélas !

Centre ville de Kidal

Les leaders de l’armée malienne, qui sont-ils, comment parviennent-ils à influencer et dans quel but?

Ce sont les responsables touaregs de l’armée qui sont à Kidal. Ils drainent avec eux une jeunesse qui cherche à les côtoyer et l’influencent ainsi dans le but d’avoir le plus d’adhérents possible afin de faire tomber les secteurs détenant les différents pouvoirs en place, c’est-à-dire le MNLA et le MIA. Ces militaires touaregs de l’armée malienne organisent des rencontres avec les représentants de la société dans leur quartier, vers l’ancienne Mairie de Kidal.

Les écoles n’ont-elles pas été réouvertes?

Non, l’école est un sujet sensible.
Pourquoi ?
Le MNLA et le Mali en plus des autres parties, veulent quelle soit le moteur de l’éducation, mais ni l‘un ni l’autre n’a de véritables ambitions pour l’avenir des élèves. Pour l’instant, c’est géré par le MNLA.

Un combattant du MNLA donne ses impressions :

La ville de Kidal ressemble à certains films des forces armées que j’ai assez regardés, on dirait l’Irak !

À la question : Comment sortir de cette situation ? Il répond :

Je ne sais vraiment pas, tout ça me dépasse. D’un côté, il y a tellement de crimes que  personne ne fait plus confiance à  personne, même à un ami. Personne ne peut sécuriser la zone, sauf le Mali ou la rébellion, le MNLA. L’obstacle est que chacun cherche à tout prix (MNLA/Mali) à éliminer (effacer) l’autre.

Au sujet des leaders à Kidal, il ajoute : Ce sont toujours les mêmes têtes… qui se sont rajeunies, mais, cette fois, ces têtes très semblables aux précédentes ne contrôlent rien. La force(les armes), c’est nous qui la contrôlons entièrement.

Station service à Kidal

Nous devons nous recentrer sur l’essentiel : préparer un retour rapide vers une vie honorable pour tous… Pourrions-nous nous contenter d’élire nos représentants en acceptant provisoirement l’inacceptable et de ne pas les lâcher d’une semelle quand ils seront  aux commandes… La démocratie ne s’arrête pas seulement aux apparences. Essayons… c’est urgent !

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Commentaires

Anonyme
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Je pense que tu as tout dit Kidal tend vers le pure, les populations sont désespérées, sans aucun espoir. A partir de 18H tout le monde s'enferme chez lui par peur de se faire braquer ou prendre une balle perdue.
Les leaders de la région de Kidal préfèrent se mettre plein les poches que de chercher une solution pour permettre aux population de retrouver leur quotidien habituel.
Hélas Kidal est sous l'emprise des personnes qui ne se soucient guère de son avenir et encore moins celui de ses populations.

sarah
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C'est triste pour les habitants de Kidal, triste pour les maliens et bien dommage pour l'Afrique qui ne s'enfonce que dans les conflits incessants. Pauvre Afrique!!!

Traoré Djibril
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Un très bon article, tu nous éclaircis les détails que nous ignorons. merci mon frère.

Assaleck AG TITA
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Merci infiniment de prendre le temps de me lire.

Amma Mallane Wa Erouane
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Assaleh, tu décris bien ce qui se passe. En réalité Kidal est devenu un no mans land que personne ne contrôle vraiment. La ville est laissée à elle même singeant les révolutions découlant du printemps arabe sans en avoir le gabarit, jouant aux milices libyennes sans en avoir l'envergure et plus dangereusement jouant aux katibas islamistes sur un fond opaque de laïcité et de demi sourire forcé à l'occident. Ceux qui représentent ces jeunes qui attendent des solutions s'embourgeoisent allègrement dans les hôtels de Ouagadougou, Bamako, Paris et tout autre pays qui s'essaient à la manipulation. C'est la finalité de toutes les mauvaises révolutions car il y'en a. la toute puissance des groupes armés durera encore 6 mois, un an tout au plus et rébonjour la case départ. La case départ? existera t elle avec minusma, serval, Etat Malien? Plutôt un nouveau départ que seuls les visionnaires (il y'en a très peu) pourront entrevoir et lui donner un souffle qui puisse aider, sauver ce qui peut l'être.